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Patrick McGuinness : « La Roumanie m’a hanté pendant une vingtaine d’années »

ADOR a eu le grand plaisir d’échanger avec l’écrivain et poète britannique Patrick McGuinness. Professeur de littérature française comparée à l’Université d’Oxford, il a vécu 18 mois en Roumanie dans sa jeunesse lorsque son père travaillait au British Council à Bucarest.

Plus de vingt ans après ce séjour des plus marquants, il s’est lancé dans l’écriture d’un roman, « Les cent derniers jours » (traduit en français en 2013) qui retrace magistralement les derniers mois de la dictature roumaine avant la chute des Ceausescu.

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ADOR : Sachant que vous n’êtes jamais revenu en Roumanie depuis votre départ avec votre famille en 1988, pourquoi avez-vous décidé d’écrire ce roman après tant d’années ?
PM : J’étais hanté par Bucarest et plus généralement par la Roumanie. Pendant une vingtaine d’années, un rêve récurrent sur le Bucarest que je connaissais m’a poursuivi : j’essayais d’y retrouver mon chemin en vain car les bâtiments qui m’étaient familiers avaient été détruits. Les édifices, les odeurs, les bruits me hantaient. Je ne peux pas dire que j’étais heureux là-bas, c’est trop réducteur, mais j’étais épanoui et cette expérience m’a rendu plus adulte, parfois trop mature : imaginez arriver à Cambridge, au beau milieu de jeunes étudiants, enjoués et aisés, après 16 mois ininterrompus passés dans la Roumanie de Ceausescu ?

ADOR : Qu’est ce que vous avez ressenti au moment de la révolution en ‘89 ?
PM : Quand la révolution est arrivée, je l’ai suivie à la télévision et je me suis senti trompé : j’y avais passé toutes ces années et mois, tout ça pour manquer le dénouement. Si j’avais été sur place au moment de la révolution, je n’aurais probablement pas écrit ce livre. Les livres proviennent des échecs de la réalité, les échecs de soi, de ne pas être au bon endroit au bon moment. C’est le cas de mes livres en tout cas. J’ai donc conservé les lieux dans ma tête pendant des années. Je savais que si j’écrivais un roman un jour, la première histoire serait celle-ci.

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La révolution roumaine de ’89

ADOR : Finalement, vous avez décidé de retourner en Roumanie ?
PM : Je n’y suis jamais retourné car je ne voulais pas perdre la place spéciale qu’occupait «mon» Bucarest dans mon esprit. A la place, je me suis documenté et ai consulté d’anciennes photos, mais c’est surtout la ville de mes souvenirs que je voulais préserver. Et j’avais raison: lorsque j’y suis revenu pour la première fois en 2014, c’était si différent que certains souvenirs, bâtiments, architecture, étaient en réalité erronés. Mais ce décalage avait été nécessaire pour l’histoire de ce livre, son atmosphère, et surtout pour la continuité de mon immersion dans l’écriture. Une chance d’avoir gardé mes distances finalement…

ADOR : Votre roman est-il proche de votre propre expérience à Bucarest ? Si oui, comment avez-vous pu conserver autant de détails jusqu’à l’écriture de votre livre  (20 ans après) ?
PM : 
Oui et non. L’ennui et la misère, la grisaille et la tristesse sont tous autobiographiques. J’ai fait appel à mon imagination pour raconter les histoires de sexe glamour et des politiques tordues. Mais la plupart des situations décrites dans le livre sont authentiques.

J’ai séjourné en Roumanie de 1985 à Octobre 1987, avec une période ininterrompue d’environ 16 mois entre juin 86 et octobre 87, lorsque je suis parti pour suivre mes études universitaires en Angleterre. A l’époque, j’avais mon propre appartement, ou plutôt je cohabitais dans l’appartement d’une autre personne, et je travaillais comme professeur d’anglais en freelance pour la communauté internationale et diplomatique. Mais j’avais la chance de connaître aussi plusieurs étudiants roumains et de passer du temps avec eux; donc oui, certaines de mes descriptions dans le livres sont inspirées de la réalité.

ADOR : Quelle était votre image sur les roumains de l’époque ?
PM : 
Inutile de préciser que le peuple roumain et leur culture me fascinaient, j’adorais leur nourriture et leur vin également. J’étais aussi frustré par l’immobilisme ambiant de la situation, par le fait que les roumains ne montraient jamais leur volonté de se battre et de lutter, contrairement aux tchécoslovaques et polonais. A l’époque, c’était une question que beaucoup d’étrangers se posaient.

ADOR : Avez-vous l’intention d’écrire un autre livre sur la Roumanie ?
PM :
Je ne pense pas. J’anime actuellement une émission à la radio sur Brâncusi, et la tentation est toujours grande de penser à la suite des «Cent Derniers Jours», mais je ne crois pas que j’irai jusqu’au bout.

@ David Gouëdreau, ADOR

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Le livre «Les Cent Derniers Jours» a été traduit en plusieurs langues, et est disponible notamment en roumain chez l’édition Polirom. La version en français est également disponible à la Médiathèque José Cabanis à Toulouse (proche Gare Matabiau).  

Mircea Postelnicu, l’étoile filante d’Ana, mon amour

« Ana, mon amour » a été à l’affiche au cinéma American Cosmograph à Toulouse début juillet. Réalisé par Calin Peter Netzer, repéré il y a quatre ans pour son resplendissant « Mère et fils » qui lui a valu l’Ours d’Or à Berlin, cette nouvelle production a été très appréciée par la presse étrangère.

A Berlin, « Ana, mon amour » a été récompensé par l’Ours d’Argent. La critique française a été également séduite par le sujet de ce film et ses acteurs. Le journal « Le Canard Enchaîné » parle d’une “anatomie sentimentale au scalpel” et la revue Marie-Claire décrit l’acteur principal comme un artiste « fabuleux, capable d’un abandon total ».

Mais qui est ce jeune acteur à l’air mystérieux, quasi inconnu du grand public et qui a réussi brillamment son pari avec le monde du cinéma ? ADOR a eu le plaisir de discuter avec Mircea Postelnicu (MP), l’acteur principal d’ “Ana, mon amour”.

ADOR : Mircea, comment vois-tu ce succès fulgurant ?
MP : Je remercie du fond du coeur tous ceux qui sont allés voir le film et qui nous ont soutenus. Je suis très heureux bien évidemment que le film a été apprécié tant en Roumanie, qu’à l’étranger.

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ADOR : Quelle est ta scène préférée d’« Ana, mon amour » ? 
MP : J’en ai plusieurs, cela dépend du contexte. Pendant le tournage, j’ai aimé les scènes sur le divan du psychanalyste, en raison de l’empathie que j’ai pour Toma (n.r. le personnage interprété par MP). Celui-ci essaie de comprendre sans cesse ce qui se passe dans sa vie. Quand j’ai vu pour la première fois le film, j’ai adoré la dernière séquence où je retrouvais une impatience joyeuse face à la peur de la guérison.

 

ADOR : S’agissant de ta première apparition au cinéma, qu’est-ce que cela a changé pour toi ? 
MP : C’est surtout ce cheminement qui a changé ma vie, autant sur le plan personnel que professionnel. Dans le cadre de ce film, j’ai eu la chance de suivre la même route que mon personnage Toma, grâce à l’introspection, aux découvertes, aux discussions. La rencontre avec Calin, le scénario, les discussions, les séances de thérapie, toutes ces expériences ont contribué à un changement intérieur net.

ADOR : A part le théâtre et le cinéma, quelles sont tes autres centres d’intérêts ou qu’est-ce que tu aimes faire tout simplement ?
MP : J’aime beaucoup travailler avec les gens. Chaque fois que j’ai l’occasion, j’aime m’investir que se soit pour un atelier, un festival pour les jeunes, des formations ou des team buildings pour des entreprises.

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Le réalisateur Calin Netzer et l’acteur principal, Mircea Postelnicu, sur le tapis rouge pour « Ana, mon amour », à Berlin International Film Festival.

ADOR : As-tu un message pour ceux qui hésitent encore à aller voir « Ana, mon amour  » au cinéma ?
MP : Je les invite à aller voir un acteur « fabuleux, capable d’un abandon total » – je plaisante 🙂 Plus sérieusement, c’est un film pour ceux qui souhaitent découvrir une invitation à ressentir, à réfléchir et à se chercher,  et non pas un film commercial.

ADOR : Tu aimerais vivre ailleurs qu’en Roumanie ? 
MP : J’aime mon pays, sa langue et tout ce qui tient de ma nationalité car tous ces ingrédients m’ont formé et font partie de moi. Mais je continuerai à sentir toujours cela, même si je choisissais de partir ailleurs un jour. Parfois, je pense goûter l’aventure à l’étranger, mais je n’ai pas eu de proposition concrète jusqu’à présent.

@ Oana Raileanu Gouëdreau

 

« Regard » d’un journaliste Occitan en Roumanie

ADOR a eu récemment le plaisir d’interviewer Laurent Couderc, journaliste d’origine occitane et basé en Roumanie depuis 2003. Nous vous invitons à découvrir son parcours et sa vision sur le métier de journaliste.
Rédacteur en chef pour la revue francophone Regard, Laurent Couderc (LC) revendique un journalisme lent, basé sur une philosophie en marge des pratiques actuelles : la réflexion, l’analyse et le recul sont la base de ses reportages et articles. Du vrai journalisme, en toute simplicité et humilité :

« Rédiger un texte n’est pas simple, il faut d’abord avoir quelque chose à dire et utiliser les mots justes. Cependant, aujourd’hui tout le monde écrit. Sur Facebook, sur Twitter, sur un blog, sur n’importe quel site où il est possible de donner son opinion. N’ayant pas de compte Facebook, Twitter, ni de blog, je crois écrire moins que beaucoup de gens. Les mots sont pourtant les principaux outils de ma profession, et quand je les utilise, j’essaie d’être particulièrement méticuleux, précis, concentré, comme n’importe qui dans son travail. Pourquoi les gens écrivent-ils autant ? Certes leur engagement n’est pas professionnel. Ceci dit, ils seront lus, et l’impact de leurs mots pourra les surprendre. Les excuses des « personnalités » après un message sur Twitter le montrent. Car l’écriture d’une phrase, aussi courte soit-elle, est perverse. Elle fait du bien, on se laisse aller, elle remplace un peu le divan du psy. Mais son empreinte est indélébile, d’autant plus à l’ère numérique. Sur la Roumanie, je me dis qu’il y aurait de quoi publier davantage que des reportages, je préfère néanmoins que l’historien ou le sociologue s’en charge, par exemple. Et prendre plutôt le temps du recul, pour mieux informer. J’invite ceux qui ne peuvent s’empêcher de s’exprimer à faire de même. Observons. Écoutons. Arrêtons d’écrire. » Laurent Couderc

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ADOR : Laurent, comment avez-vous fait connaissance avec la Roumanie ?
LC : En 2003, je vivais à Madrid depuis 6 ans, et je travaillais pour une agence de presse qui m’a envoyé en Roumanie pour y faire un reportage. De retour en Espagne, j’ai démissionné de l’agence pour faire un break et réfléchir à mon avenir. Je me suis alors rendu compte que je devais retourner en Roumanie, non pas par amour du pays ou de quelqu’un en particulier, mais je sentais que je pourrais m’y épanouir professionnellement. Je suis donc revenu à Bucarest en tant que correspondant pour diverses rédactions, notamment L’Express et La Croix.

ADOR : Pouvez-vous nous en dire plus sur le Petitjournal.com et Regard ?
LC : A côté de mes correspondances, j’ai monté en 2006 l’édition Bucarest du Petitjournal.com. Puis, en 2008, on m’a proposé de devenir rédacteur en chef de Regard, magazine francophone édité en Roumanie, qui existait depuis 2003. Avec la surcharge de travail, j’ai abandonné petit à petit les correspondances et Le Petit Journal, afin de me concentrer sur la revue Regard et son développement. Depuis, notre équipe a bien avancé, nous avons désormais un supplément sous forme de journal, en roumain, distribué gratuitement. Je suis très content de mon choix, et de m’être consacré à cette revue.

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ADOR : Vous avez une certaine indépendance… comment fonctionnez-vous ?
LC : Cette indépendance reste effectivement totale. Il s’agit de reportages et d’articles étoffés, loin des commentaires sur l’actualité à chaud ; on prend du recul, on fait ce que j’aime appeler du journalisme lent. A noter que Regard est un trimestriel, tant la revue que le journal en roumain. Par exemple, quand on évoque l’économie, on parle plutôt de tendances analysées. Et comme je le disais, nous traitons nos sujets d’articles en totale indépendance, sans aucune pression de la part de nos partenaires. Ceux-ci (institutions publiques et privées, sociétés françaises) ont bien compris que seul un journalisme indépendant sera crédible aux yeux du lecteur, c’est la base de notre partenariat, c’est l’intérêt de chaque partie.
Notre équipe est composée de 5 à 6 reporters, 3 journalistes français, et plusieurs journalistes roumains. Nous travaillons notamment avec deux photographes roumains excellents, Regard est ainsi devenue une revue très axée sur la photo, proposant des images de qualité, avec un vrai travail esthétique. Cela plaît à nos lecteurs, et j’en suis ravi. Mon objectif aujourd’hui est de faire en sorte que ce journalisme classique, lent, continue à se développer.

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ADOR : Quelle a été votre plus grande satisfaction durant ces années avec Regard ?
LC : On peut dire que ça va dans le bon sens, la tendance est bonne. Il faut proposer de nouvelles choses, comme le journal en roumain, et nous travaillons sur le développement du site web. Le dilemme est comment promouvoir un journalisme lent à l’heure où tout le monde est connecté sur les réseaux sociaux, où tout va très vite, pour ne pas dire trop vite.

Par ailleurs, je pense que nous avons une mission didactique auprès de la jeunesse pour expliquer le métier de journaliste, qui doit informer et expliquer sans donner son opinion. Nous intervenons déjà dans plusieurs collèges et lycées de Bucarest, je suis également responsable de l’Union de la Presse Francophone et nous essayons de développer des partenariats avec des établissements scolaires par le biais de cette Union et grâce au soutien de l’Institut Français de Bucarest. Regard est déjà utilisé dans certaines écoles pour enseigner le français, nous en sommes fiers et c’est très gratifiant de pouvoir ainsi être au contact de la jeunesse roumaine.

ADOR : Où se positionne Regard par rapport aux autres médias francophones ?
LC : Il y a RFI, l’Agence France Presse, l’édition du Petitjournal.com de Bucarest qui a été reprise, Bucarest Hebdo…Regard ne se démarque pas vraiment, on essaie juste d’expliquer le plus simplement possible les complexités de la Roumanie. C’est ça notre métier, être le plus simple, le plus vrai, le plus objectif possible. Nous avons des chroniqueurs et des experts qui interviennent, donnent leurs opinions, mais les journalistes sont surtout là pour présenter la situation. Nous ne sommes ni de droite, ni de gauche, nous essayons juste de faire notre métier le plus humblement possible.

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ADOR : Comment peut-on se procurer la revue Regard, comment s’y abonner ?
LC : En Roumanie, Regard est distribué via les kiosques INMEDIO. Il est aussi possible de s’abonner depuis l’étranger sur notre site Regard pour recevoir la revue en format papier ou en numérique. Actuellement, Regard et son supplément en roumain touchent environ 60 000 lecteurs par an.

ADOR : Laurent, vous êtes originaire de l’Occitanie en France et vous aimez vivre en Roumanie. Quels sont vos liens avec vos terres d’origine ?
Je reviens une fois tous les 2 ou 3 mois à Montpellier, je suis très attaché à cette région et à ma famille qui vit là-bas. D’ailleurs, je vais passer mes prochaines vacances dans les Cévennes. Malgré tout, professionnellement parlant, j’aurais du mal à quitter Bucarest, qui offre aussi une certaine douceur de vivre.

@ Oana, ADOR

 

 

 

 

 

L’Ia – éternelle chemise traditionnelle Roumaine

Depuis 2013, le 24 Juin, en Roumanie et partout dans le monde, les Roumains célèbrent la Journée Universelle de l’Ia. C’est aussi le jour où nous, les Roumains on fête «Sanzienele» qui sont, dans la mythologie roumaine, de très belles fées qui vivent sur les champs et dans les bois, et qui donnent aux fleurs des vertus curatives. Mais si les gens ne les célèbrent pas comme il se doit, elles se vengent (peut-être vous connaissez le roman Noaptea de Sânziene/Forêt interdite, écrit par l’écrivain roumain Mircea Eliade).

Mais savez vous ce qu’est l’ia? C’est une chemise pour les femmes, en coton blanc, lin ou en soie, caractéristique du costume traditionnel roumain, décorée, au niveau du cou, de la poitrine et des manches par des jolies coutures inspirées par la nature, aux formes géométriques et/ou des broderies spécifiques à chaque région de la Roumanie.

Dans les temps anciens, l’ia était portée en tant que sous-vêtements pour défendre la porteuse de tous les dangers et de toutes les sorcelleries et les couleurs des coutures représentaient le statut de chaque femme: celles mariées portaient des ias modestes et de couleurs pales, tandis que celles célibataires portaient des coupes et couleurs plus audacieuses pour attirer les hommes en quête d’une femme pour se marier.

Avec le temps, cette chemise est devenue un symbole de la culture roumaine: l’«ia» a été portée par la Reine Maria (la nièce de la Reine Victoria de Grande- Bretagne), et est devenue une inspiration pour Gabrielle Chanel, qui a créé au début des années ’20 des blouses aérées pour les après-midis d’été, mais aussi pour le peintre français Henri Matisse, qui a réalisé l’œuvre «La Blouse Roumaine».

L’ia est montée même sur les podiums pour les défilés d’Yves Saint Laurent (qui en 1981 a créé la collection «La Blouse Roumaine»), mais aussi Kenzo, Oscar de la Renta, Prada, Tom Ford ou bien Jean Paul Gaultier qui ont revisité dans leurs collections les broderies noire de l’ia spécifiques de la région du Sibiu.

Dans le village Ceahlau proche de la ville Piatra Neamt (située dans le Nord Est de la Roumanie) vit Maria Aflorii, 77 ans.

Elle a recommencé à coudre après qu’en 2011 tous les costumes traditionnels qu’elle avait reçus comme héritage de sa mère ont brûlé dans un incendie…

Toute une vie parti dans les flammes, devenue poussière. Mais elle ne s’est pas laissé abattre par cet épisode, même pas par son age ou par sa cataracte et elle a repris la couture à la main de l’ia. Pour sa fille, pour sa nièce, et pour même moi. Et je serai la plus heureuse du monde de porter une IA qui vient de ma ville natale et qui a été faite par les mains de Maria.

De New York à Vienne, de Toronto à Londres, de Madrid à Amsterdam, de Paris à Milan, de Toulouse à Piatra Neamt, le 24 Juin on fête les Sanzaiene, on fête l’IA et on est très fières!

Crédit photo : La Blouse Roumaine, detoujours.com, Jolie Belle, Nicoleta Tarantus, Alexiile, Gina Buliga

@Nicoleta

Fêtez la musique !!

Je ne sais pas ailleurs, mais à Toulouse la fête de la musique fait vibrer la ville. C’est une frénésie éléctrique, sur des rythmes de musiques différentes et hautes en couleur à chaque coin de rue. Ce n’est pas un hasard si la ville rose a été choisie pour la deuxième fois consécutive par France 2 pour retransmettre en direct son concert événement sur la Place du Capitole. Les origines de cette fête se trouvent ici même, à Toulouse.

La fête de la musique est d’abord imaginée en 1976 par le musicien américain Joel Cohen qui travaillait alors pour Radio France-Musique. Son projet devient réalité le 21 juin 1976 à Toulouse. Cette idée va être mise en place en France par Jack Lang alors ministre de la cultureSa première édition officielle a lieu le 21 juin 1982. La fête connaît un succès croissant au cours des décennies suivantes qui s’est par la suite complètement internationalisée. Aujourd’hui elle est reprise dans plus de 110 pays sur cinq continents.

La date du 21 juin a été choisie car elle coïncide avec le solstice d’été (donc aussi un des jours les plus longs de l’année). La coïncidence avec l’été symbolise ainsi le sacre de la nature à travers cette journée festive, à l’image des fêtes païennes dédiées à la nature ou aux moissons depuis l’Antiquité – dont la fête de la Saint Jean, des fêtes populaires où un grand feu était allumé toute la nuit du 21 juin. Cette tradition a existé en France jusque dans les années 1990, où la plupart des feux a été interdite pour des raisons de sécurité, des restrictions d’eau ou de protection de l’environnement.

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La Fête de la Musique n’a pas encore atteint dans le monde l’ampleur et la régularité qu’elle a acquises en France, car elle dépend largement de la volonté (et des moyens) des organisateurs associatifs. Cependant, l’évènement est devenu dans certains pays populaire et spontané (Belgique, Suisse, Roumanie ou Amérique latine).

Cette fête a pour vocation de promouvoir la musique de deux façons. Sous le slogan «Faites de la musique ! », elle encourage les musiciens amateurs à se produire bénévolement dans les rues et espaces publics. Grâce à l’organisation de nombreux concerts gratuits, d’amateurs mais aussi de professionnels, elle permet à un public large d’accéder à des musiques de toutes sortes et origines (classique, jazz, rock, traditionnelle, etc.) et même celles chantées dans toutes les langues.

De nombreux établissements sont autorisés à rester ouverts plus longtemps ce soir-là pour accueillir le public, et de nombreuses rues sont fermées à la circulation dans les grandes villes pour laisser la place aux scènes organisées ou improvisées et aux spectateurs qui déambulent d’un spectacle à l’autre. Vous aussi, profitez de cette magie, sortez dans les rues et faites de la musique !!

@Oana

Vive les enfants !

A l’occasion de la journée Internationale des enfants, nos bambins deviennent rois le temps d’une journée. L’objectif de cette fête est d’attirer l’attention de tout un chacun sur les besoins et les droits des enfants, mais surtout de leur montrer combien on les aime et on les respecte.
@photos : Ramona Raileanu

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La journée Internationale des enfants, qui est généralement célébrée le 1er juin, tire son origine de la Conférence mondiale de Genève d’août 1925, portant sur le bien-être des enfants. De nombreux pays, majoritairement issus de l’ancien « bloc » communiste, tels que la Chine ou de nombreux pays d’Europe de l’Est, célèbrent la journée des enfants le 1er juin.

La Journée mondiale de l’enfance a été instaurée en septembre 1954 par les Nations Unies et son fond pour l’enfance, l’UNICEF. Cette journée de fraternité mondiale et de compréhension entre les enfants valorise les actions en faveur du bien-être des enfants du monde entier. Cette journée est célébrée dans 145 pays, à des dates différentes en fonction des pays.

La France a retenu la date du 20 novembre, jour de l’adoption par l’Assemblée de la Déclaration des droits de l’enfant en 1959 et de la Convention relative aux droits de l’enfant, signée en 1989. Officiellement, nous constatons donc deux dates – 1er juin, mais surtout le 20 novembre – qui constituent deux journées importantes pour veiller tout particulièrement au bien-être des enfants. En réalité, la Journée Internationale des enfants en France est quasi inexistante. La majorité ignore même l’existence de cette journée. L’enfant est-il moins important que la maman, le papa ou la mamie ?

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En revanche, dans certains pays, cette journée est bien plus valorisée. Ainsi, de nombreuses activités sont proposées aux enfants à cette occasion : fêtes, pièces de théâtre, cinéma, concerts, échanges, activités manuelles, tarifs réduits pour l’entrée aux zoos ou aux parcs d’attractions, et même réductions dans certaines boutiques spécialement pour les enfants. L’enfant devient Roi, il est célébré et respecté en tant qu’une être humain qui détient ses droits.

La Roumanie par exemple, célèbre la « Fête des enfants » le 1 juin. En cette journée spéciale, il est de tradition d’offrir des cadeaux aux enfants. Mais le plus important consiste surtout à réunir la famille autour des enfants : parents, grands-parents et même arrière grands-parents.

Maia, originaire de Roumanie, se rappelle :

Je me souviens que, lors de la Journée des Enfants, on nous offrait des cadeaux. J’allais au parc avec mes parents et au spectacle avec l’école. C’était très agréable de se retrouver avec plein d’autres enfants. On nous offrait des bonbons et des jouets et nombreux étaient nos vœux qui se réalisaient. Pour nous, c’était vraiment une journée particulière, qu’on attendait avec beaucoup d’impatience.

@ Oana Gouëdreau Raileanu

Tous les chemins mènent à Moieciu

Au Centre d’Ecologie Montagnarde (CEM – Centrul de Ecologie Montana) à Moieciu de Sus, une énergie unique en son genre s’y dégage : de la passion mêlée à la dévotion pour la nature en toute simplicité. Mihai Orleanu, son fondateur, est un visionnaire : les prairies (fânețele) représentent la matrice, l’élément clé de l’écotourisme, qu’on doit à tout prix conserver.

Le CEM prend vie au début des années 90. Mihai est encore installé avec sa famille en Europe de l’Ouest lorsqu’il décide de renouer avec son pays natal, la Roumanie. Grand amoureux de la vie campagnarde et montagnarde, il investit dans une petite maison à Moieciu de Sus et s’y installe avec sa femme et ses deux filles. La fondation CEM commence à prendre forme et ses actions de sensibilisation pour cette région protégée ne cesseront de croître.

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ADOR : Que représente exactement le CEM ?
MO : Tout d’abord nous avons rénové la maison achetée à Moieciu de Sus afin d’organiser des excursions pour des études de géologie et géographie pour des Universités d’Allemagne. Ensuite, afin de pouvoir développer notre activité, nous avons créé une fondation en 1998, CEM – avec pour objectif principal le développement durable des Carpates et la découverte de la nature de cette région. En plan secondaire, nous avons fait aussi du tourisme, des chambres d’hôtes, toujours dans l’objectif de faire connaitre la beauté de notre région.

Le réseau Opération Village Roumain nous a été très utile à travers leurs programmes de gestion et management. Ainsi en 1995 nous avons été impliqués dans un programme PHARE de tourisme rural pour développer le tourisme dans la région Fundata – Moieciu – Bran. Nous avons réalisé les premiers balisages pour les randonnées avec indications. Nous voulions changer le visage de l’agro-tourisme local, que les gens viennent pour apprécier davantage la nature et pas uniquement pour faire un barbecue.

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Au début, nous avons commencé avec nos propres ressources, c’est-à-dire nous-mêmes : mon père était pédologue, ma femme qui avait écrit sa thèse en géobotanique sur les collines de Fundata et Moieciu de Sus, et moi-même, géophysicien. Actuellement nous sommes une belle équipe de 5 personnes passionnées autour de laquelle gravitent plusieurs associations, organisations, experts et bénévoles qui s’impliquent en fonction des besoins des projets. La majorité d’entre eux a une autre occupation professionnelle et ils habitent sur Brasov ou Bucarest, mais ils ont tous le même point en commun : la passion pour la montagne et l’écotourisme.

ADOR : Ce 6 mai, vous organisez la 8ème édition d’EcoMarathon (EM). Pouvez-nous en dire un peu plus ?
MO : L’EcoMarathon est tout d’abord un évènement sportif, mais nous le présentons plutôt comme un Festival, car derrière cette “course” se cache toujours la même idée de découverte et préservation des paysages. Nous souhaitons sensibiliser un maximum de gens sur le fait que l’agriculture en montagne soit en voie de disparition. Vous pouvez constater qu’il y a des prairies non entretenues, laissées parfois à l’abandon, une partie de la population locale s’intéresse uniquement à l’hébergement des touristes. Notre fondation tente d’encourager ces personnes, de leur expliquer et même de les soutenir financièrement grâce à diverses subventions. Un de nos objectifs est de donner un cadre juridique à ces paysages (genre High Nature Farmland) ou une loi de protection et de conservation du paysage en tant que territoire culturel et traditionnel.

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Bien évidement tout le monde n’est pas conscient de cette biodiversité, de l’importance des prairies (fâneața) qui sont pourtant l’élément clé : sans les prairies, il n’y aurait plus les meules de foin qui façonnent le paysage si typique de notre région, ni de fenils et cabanes en bois, ni de bétail, et au final ce serait la disparition du tourisme…Mais il faut reconnaître que ce n’est pas un travail facile pour les paysans, et que l’ascension pour atteindre leurs prairies en altitude s’apparente à un sport extrême, à un âge déjà bien avancé souvent…

Donc, l’EcoMarathon a été créé dans cette optique il y a 8 ans ; nous avons commencé avec 300 participants pour arriver aujourd’hui au nombre de 1700, tous passionnés de montagne, y compris 600 enfants. L’EcoMarathon, a été précurseur et reste un des principaux marathons de ce genre en Roumanie ; actuellement on constate une explosion des événements outdoor, ce qui est très positif et annonciateur d’un changement de mentalité. 180 volontaires nous aident à organiser l’EcoMarathon, pour le balisage des parcours, l’entretien et le nettoyage, le ravitaillement et autres actions nécessaires.

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ADOR : Comment les autorités et habitants du village perçoivent-ils cet évènement?
MO : Au départ ils étaient plutôt réticents, ils pensaient que nous agissions pour notre compte personnel uniquement. Avec le temps, beaucoup ont compris que l’EM est surtout bénéfique pour eux et pour notre village, certains nous donnent un coup de main, en offrant un repas ou une chambre pour un journaliste, photographe etc. En plus, les sportifs viennent s’entraîner ici en cours d’année afin d’être en forme le jour J du marathon, et ils restent dormir et manger sur place, cela génère donc aussi une autre forme de tourisme , et finalement tout le monde y trouve son compte.

Quant aux autorités de Moieciu, elles nous ont plutôt soutenus depuis le début et notre collaboration s’améliore tous les ans. En effet, l’Ecomarathon nécessite une forte mobilisation de leur part pour assurer le bon déroulement de la course, car nous avons besoin d’ambulances, de toilettes mobiles, de la police locale et routière, des équipes de sauvetage, etc.

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ADOR : Comment les touristes étrangers considèrent-ils Moieciu de Sus ?
MO : Ils apprécient tous cette authenticité de la vie rurale et auprès de la montagne. Mais la vie se modernise partout et c’est très difficile de conserver et d’entretenir cet aspect. Un de nos objectifs est d’obtenir une règlementation pour que les gens préservent et construisent conformément à une architecture locale et traditionnelle. Nous portons également l’accent sur la promotion de nombreux savoir-faire locaux qui sont en voie de disparition.

Nous tentons de réunir toutes nos actions sous le nom de Poarta Carpatilor (La Porte des Carpates) et souhaitons offrir autre chose que le tourisme classique de masse. Le tourisme dans notre région ne signifie pas seulement visiter le château de Bran, et de se relaxer autour d’une bonne table, cela est trop réducteur. Il s’agit d’offrir aux touristes la possibilité d’apprendre et d’expérimenter les activités traditionnelles avec les habitants de la région, par exemple le fauchage à l’ancienne, la fabrication du fromage, la coupe du bois, le tissage de la laine, etc. Permettre aux touristes de devenir acteur de l’écotourisme, telle est notre vision.

http://www.cem.ro
http://www.ecomarathon.ro
http://www. poartacarpatilor.ro

@ Oana