L’Ia – éternelle chemise traditionnelle Roumaine

Depuis 2013, le 24 Juin, en Roumanie et partout dans le monde, les Roumains célèbrent la Journée Universelle de l’Ia. C’est aussi le jour où nous, les Roumains on fête «Sanzienele» qui sont, dans la mythologie roumaine, de très belles fées qui vivent sur les champs et dans les bois, et qui donnent aux fleurs des vertus curatives. Mais si les gens ne les célèbrent pas comme il se doit, elles se vengent (peut-être vous connaissez le roman Noaptea de Sânziene/Forêt interdite, écrit par l’écrivain roumain Mircea Eliade).

Mais savez vous ce qu’est l’ia? C’est une chemise pour les femmes, en coton blanc, lin ou en soie, caractéristique du costume traditionnel roumain, décorée, au niveau du cou, de la poitrine et des manches par des jolies coutures inspirées par la nature, aux formes géométriques et/ou des broderies spécifiques à chaque région de la Roumanie.

Dans les temps anciens, l’ia était portée en tant que sous-vêtements pour défendre la porteuse de tous les dangers et de toutes les sorcelleries et les couleurs des coutures représentaient le statut de chaque femme: celles mariées portaient des ias modestes et de couleurs pales, tandis que celles célibataires portaient des coupes et couleurs plus audacieuses pour attirer les hommes en quête d’une femme pour se marier.

Avec le temps, cette chemise est devenue un symbole de la culture roumaine: l’«ia» a été portée par la Reine Maria (la nièce de la Reine Victoria de Grande- Bretagne), et est devenue une inspiration pour Gabrielle Chanel, qui a créé au début des années ’20 des blouses aérées pour les après-midis d’été, mais aussi pour le peintre français Henri Matisse, qui a réalisé l’œuvre «La Blouse Roumaine».

L’ia est montée même sur les podiums pour les défilés d’Yves Saint Laurent (qui en 1981 a créé la collection «La Blouse Roumaine»), mais aussi Kenzo, Oscar de la Renta, Prada, Tom Ford ou bien Jean Paul Gaultier qui ont revisité dans leurs collections les broderies noire de l’ia spécifiques de la région du Sibiu.

Dans le village Ceahlau proche de la ville Piatra Neamt (située dans le Nord Est de la Roumanie) vit Maria Aflorii, 77 ans.

Elle a recommencé à coudre après qu’en 2011 tous les costumes traditionnels qu’elle avait reçus comme héritage de sa mère ont brûlé dans un incendie…

Toute une vie parti dans les flammes, devenue poussière. Mais elle ne s’est pas laissé abattre par cet épisode, même pas par son age ou par sa cataracte et elle a repris la couture à la main de l’ia. Pour sa fille, pour sa nièce, et pour même moi. Et je serai la plus heureuse du monde de porter une IA qui vient de ma ville natale et qui a été faite par les mains de Maria.

De New York à Vienne, de Toronto à Londres, de Madrid à Amsterdam, de Paris à Milan, de Toulouse à Piatra Neamt, le 24 Juin on fête les Sanzaiene, on fête l’IA et on est très fières!

Crédit photo : La Blouse Roumaine, detoujours.com, Jolie Belle, Nicoleta Tarantus, Alexiile, Gina Buliga

@Nicoleta

Fêtez la musique !!

Je ne sais pas ailleurs, mais à Toulouse la fête de la musique fait vibrer la ville. C’est une frénésie éléctrique, sur des rythmes de musiques différentes et hautes en couleur à chaque coin de rue. Ce n’est pas un hasard si la ville rose a été choisie pour la deuxième fois consécutive par France 2 pour retransmettre en direct son concert événement sur la Place du Capitole. Les origines de cette fête se trouvent ici même, à Toulouse.

La fête de la musique est d’abord imaginée en 1976 par le musicien américain Joel Cohen qui travaillait alors pour Radio France-Musique. Son projet devient réalité le 21 juin 1976 à Toulouse. Cette idée va être mise en place en France par Jack Lang alors ministre de la cultureSa première édition officielle a lieu le 21 juin 1982. La fête connaît un succès croissant au cours des décennies suivantes qui s’est par la suite complètement internationalisée. Aujourd’hui elle est reprise dans plus de 110 pays sur cinq continents.

La date du 21 juin a été choisie car elle coïncide avec le solstice d’été (donc aussi un des jours les plus longs de l’année). La coïncidence avec l’été symbolise ainsi le sacre de la nature à travers cette journée festive, à l’image des fêtes païennes dédiées à la nature ou aux moissons depuis l’Antiquité – dont la fête de la Saint Jean, des fêtes populaires où un grand feu était allumé toute la nuit du 21 juin. Cette tradition a existé en France jusque dans les années 1990, où la plupart des feux a été interdite pour des raisons de sécurité, des restrictions d’eau ou de protection de l’environnement.

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La Fête de la Musique n’a pas encore atteint dans le monde l’ampleur et la régularité qu’elle a acquises en France, car elle dépend largement de la volonté (et des moyens) des organisateurs associatifs. Cependant, l’évènement est devenu dans certains pays populaire et spontané (Belgique, Suisse, Roumanie ou Amérique latine).

Cette fête a pour vocation de promouvoir la musique de deux façons. Sous le slogan «Faites de la musique ! », elle encourage les musiciens amateurs à se produire bénévolement dans les rues et espaces publics. Grâce à l’organisation de nombreux concerts gratuits, d’amateurs mais aussi de professionnels, elle permet à un public large d’accéder à des musiques de toutes sortes et origines (classique, jazz, rock, traditionnelle, etc.) et même celles chantées dans toutes les langues.

De nombreux établissements sont autorisés à rester ouverts plus longtemps ce soir-là pour accueillir le public, et de nombreuses rues sont fermées à la circulation dans les grandes villes pour laisser la place aux scènes organisées ou improvisées et aux spectateurs qui déambulent d’un spectacle à l’autre. Vous aussi, profitez de cette magie, sortez dans les rues et faites de la musique !!

@Oana

Vive les enfants !

A l’occasion de la journée Internationale des enfants, nos bambins deviennent rois le temps d’une journée. L’objectif de cette fête est d’attirer l’attention de tout  et chacun sur les besoins et les droits des enfants, mais surtout de leur montrer combien on les aime et on les respecte.
@photos : ADOR

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La journée Internationale des enfants, qui est généralement célébrée le 1er juin, tire son origine de la Conférence mondiale de Genève d’août 1925, portant sur le bien-être des enfants. De nombreux pays, majoritairement issus de l’ancien « bloc » communiste, tels que la Chine ou de nombreux pays d’Europe de l’Est, célèbrent la journée des enfants le 1er juin.

La Journée mondiale de l’enfance a été instaurée en septembre 1954 par les Nations Unies et son fond pour l’enfance, l’UNICEF. Cette journée de fraternité mondiale et de compréhension entre les enfants valorise les actions en faveur du bien-être des enfants du monde entier. Cette journée est célébrée dans 145 pays, à des dates différentes en fonction des pays.

La France a retenu la date du 20 novembre, jour de l’adoption par l’Assemblée de la Déclaration des droits de l’enfant en 1959 et de la Convention relative aux droits de l’enfant, signée en 1989. Officiellement, nous constatons donc deux dates – 1er juin, mais surtout le 20 novembre – qui constituent deux journées importantes pour veiller tout particulièrement au bien-être des enfants. En réalité, la Journée Internationale des enfants en France est quasi inexistante. La majorité ignore même l’existence de cette journée. L’enfant est-il moins important que la maman, le papa ou la mamie ?

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En revanche, dans certains pays, cette journée est bien plus valorisée. Ainsi, de nombreuses activités sont proposées aux enfants à cette occasion : fêtes, pièces de théâtre, cinéma, concerts, échanges, activités manuelles, tarifs réduits pour l’entrée aux zoos ou aux parcs d’attractions, et même réductions dans certaines boutiques spécialement pour les enfants. L’enfant devient Roi, il est célébré et respecté en tant qu’une être humain qui détient ses droits.

La Roumanie par exemple, célèbre la « Fête des enfants » le 1 juin. En cette journée spéciale, il est de tradition d’offrir des cadeaux aux enfants. Mais le plus important consiste surtout à réunir la famille autour des enfants : parents, grands-parents et même arrière grands-parents.

Maia, originaire de Roumanie, se rappelle :

Je me souviens que, lors de la Journée des Enfants, on nous offrait des cadeaux. J’allais au parc avec mes parents et au spectacle avec l’école. C’était très agréable de se retrouver avec plein d’autres enfants. On nous offrait des bonbons et des jouets et nombreux étaient nos vœux qui se réalisaient. Pour nous, c’était vraiment une journée particulière, qu’on attendait avec beaucoup d’impatience.

@ Oana Gouëdreau Raileanu

Tous les chemins mènent à Moieciu

Au Centre d’Ecologie Montagnarde (CEM – Centrul de Ecologie Montana) à Moieciu de Sus, une énergie unique en son genre s’y dégage : de la passion mêlée à la dévotion pour la nature en toute simplicité. Mihai Orleanu, son fondateur, est un visionnaire : les prairies (fânețele) représentent la matrice, l’élément clé de l’écotourisme, qu’on doit à tout prix conserver.

Le CEM prend vie au début des années 90. Mihai est encore installé avec sa famille en Europe de l’Ouest lorsqu’il décide de renouer avec son pays natal, la Roumanie. Grand amoureux de la vie campagnarde et montagnarde, il investit dans une petite maison à Moieciu de Sus et s’y installe avec sa femme et ses deux filles. La fondation CEM commence à prendre forme et ses actions de sensibilisation pour cette région protégée ne cesseront de croître.

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ADOR : Que représente exactement le CEM ?
MO : Tout d’abord nous avons rénové la maison achetée à Moieciu de Sus afin d’organiser des excursions pour des études de géologie et géographie pour des Universités d’Allemagne. Ensuite, afin de pouvoir développer notre activité, nous avons créé une fondation en 1998, CEM – avec pour objectif principal le développement durable des Carpates et la découverte de la nature de cette région. En plan secondaire, nous avons fait aussi du tourisme, des chambres d’hôtes, toujours dans l’objectif de faire connaitre la beauté de notre région.

Le réseau Opération Village Roumain nous a été très utile à travers leurs programmes de gestion et management. Ainsi en 1995 nous avons été impliqués dans un programme PHARE de tourisme rural pour développer le tourisme dans la région Fundata – Moieciu – Bran. Nous avons réalisé les premiers balisages pour les randonnées avec indications. Nous voulions changer le visage de l’agro-tourisme local, que les gens viennent pour apprécier davantage la nature et pas uniquement pour faire un barbecue.

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Au début, nous avons commencé avec nos propres ressources, c’est-à-dire nous-mêmes : mon père était pédologue, ma femme qui avait écrit sa thèse en géobotanique sur les collines de Fundata et Moieciu de Sus, et moi-même, géophysicien. Actuellement nous sommes une belle équipe de 5 personnes passionnées autour de laquelle gravitent plusieurs associations, organisations, experts et bénévoles qui s’impliquent en fonction des besoins des projets. La majorité d’entre eux a une autre occupation professionnelle et ils habitent sur Brasov ou Bucarest, mais ils ont tous le même point en commun : la passion pour la montagne et l’écotourisme.

ADOR : Ce 6 mai, vous organisez la 8ème édition d’EcoMarathon (EM). Pouvez-nous en dire un peu plus ?
MO : L’EcoMarathon est tout d’abord un évènement sportif, mais nous le présentons plutôt comme un Festival, car derrière cette “course” se cache toujours la même idée de découverte et préservation des paysages. Nous souhaitons sensibiliser un maximum de gens sur le fait que l’agriculture en montagne soit en voie de disparition. Vous pouvez constater qu’il y a des prairies non entretenues, laissées parfois à l’abandon, une partie de la population locale s’intéresse uniquement à l’hébergement des touristes. Notre fondation tente d’encourager ces personnes, de leur expliquer et même de les soutenir financièrement grâce à diverses subventions. Un de nos objectifs est de donner un cadre juridique à ces paysages (genre High Nature Farmland) ou une loi de protection et de conservation du paysage en tant que territoire culturel et traditionnel.

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Bien évidement tout le monde n’est pas conscient de cette biodiversité, de l’importance des prairies (fâneața) qui sont pourtant l’élément clé : sans les prairies, il n’y aurait plus les meules de foin qui façonnent le paysage si typique de notre région, ni de fenils et cabanes en bois, ni de bétail, et au final ce serait la disparition du tourisme…Mais il faut reconnaître que ce n’est pas un travail facile pour les paysans, et que l’ascension pour atteindre leurs prairies en altitude s’apparente à un sport extrême, à un âge déjà bien avancé souvent…

Donc, l’EcoMarathon a été créé dans cette optique il y a 8 ans ; nous avons commencé avec 300 participants pour arriver aujourd’hui au nombre de 1700, tous passionnés de montagne, y compris 600 enfants. L’EcoMarathon, a été précurseur et reste un des principaux marathons de ce genre en Roumanie ; actuellement on constate une explosion des événements outdoor, ce qui est très positif et annonciateur d’un changement de mentalité. 180 volontaires nous aident à organiser l’EcoMarathon, pour le balisage des parcours, l’entretien et le nettoyage, le ravitaillement et autres actions nécessaires.

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ADOR : Comment les autorités et habitants du village perçoivent-ils cet évènement?
MO : Au départ ils étaient plutôt réticents, ils pensaient que nous agissions pour notre compte personnel uniquement. Avec le temps, beaucoup ont compris que l’EM est surtout bénéfique pour eux et pour notre village, certains nous donnent un coup de main, en offrant un repas ou une chambre pour un journaliste, photographe etc. En plus, les sportifs viennent s’entraîner ici en cours d’année afin d’être en forme le jour J du marathon, et ils restent dormir et manger sur place, cela génère donc aussi une autre forme de tourisme , et finalement tout le monde y trouve son compte.

Quant aux autorités de Moieciu, elles nous ont plutôt soutenus depuis le début et notre collaboration s’améliore tous les ans. En effet, l’Ecomarathon nécessite une forte mobilisation de leur part pour assurer le bon déroulement de la course, car nous avons besoin d’ambulances, de toilettes mobiles, de la police locale et routière, des équipes de sauvetage, etc.

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ADOR : Comment les touristes étrangers considèrent-ils Moieciu de Sus ?
MO : Ils apprécient tous cette authenticité de la vie rurale et auprès de la montagne. Mais la vie se modernise partout et c’est très difficile de conserver et d’entretenir cet aspect. Un de nos objectifs est d’obtenir une règlementation pour que les gens préservent et construisent conformément à une architecture locale et traditionnelle. Nous portons également l’accent sur la promotion de nombreux savoir-faire locaux qui sont en voie de disparition.

Nous tentons de réunir toutes nos actions sous le nom de Poarta Carpatilor (La Porte des Carpates) et souhaitons offrir autre chose que le tourisme classique de masse. Le tourisme dans notre région ne signifie pas seulement visiter le château de Bran, et de se relaxer autour d’une bonne table, cela est trop réducteur. Il s’agit d’offrir aux touristes la possibilité d’apprendre et d’expérimenter les activités traditionnelles avec les habitants de la région, par exemple le fauchage à l’ancienne, la fabrication du fromage, la coupe du bois, le tissage de la laine, etc. Permettre aux touristes de devenir acteur de l’écotourisme, telle est notre vision.

http://www.cem.ro
http://www.ecomarathon.ro
http://www. poartacarpatilor.ro

@ Oana

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’Homme et le cinéma Dacia Panoramic Piatra Neamt — Une Roumaine à Paris. Pardon, à Toulouse

L’année dernière, au début du mois de novembre j’ai découvert sur Toulouse le Festival du film Roumain- MOTOR et avec lui Cinéma, Mon Amour – LE documentaire sur Victor Purice, gérant, ses deux employées Lorena et Cornelia et leur combat pour préserver Dacia Panoramic, le cinéma de ma ville natale Piatra Neamt. l’un des derniers cinémas de la Roumanie qui n’a pas capitulé devant le système et la vague de centres commerciaux qui ont envahi la Roumanie.

Ce cinéma a été pour moi le cinéma de mon adolescence, où j’ai vu Titanic au moins 7 fois et chaque fois j’ai pleuré comme pas possible; c’est ici que j’ai vu Romeo&Juliette, je me souviens de la salle pleine à tous les films… Et oui, quand j’ai vu ce documentaire sur la lutte âpre et la force incroyable de Monsieur Victor pour sauver le Dacia Panoramic j’ai encore pleuré (presque 20 ans plus tard) mais dans un cinéma de Toulouse. Et je me suis jurée: quand je retourne à Piatra Neamt, je dois aller voir le Dacia Panoramic (que je n’ai pas vu depuis 2 décennies) et ce Grand Monsieur Victor, juste pour lui serrer la main et le remercier pour tout ce qu’il fait.

Et OUI, je m’y suis rendue par une fin d’après-midi ensoleillée d’avril dernier. Je suis à l’entrée du cinéma, je me remémore les queues que je faisais devant pour prendre mon billet il y a 20 ans, je regarde les graffitis que j’ai vu dans le documentaire… ce mélange de neuf et de vieux, quand tout d’un coup, deux voix joyeuses derrière moi: «On peut vous aider?» Je me retourne et je vois deux visages connus avec des sourires énormes. «Ohhhh, je vous reconnais – c’est vous, je vous ai vu dans le documentaire. Je voulais vous remercier pour tout ce que vous faite», je lance sans hésiter. Ce sont Lorena et Cornelia, qui me remercient un peu gênées, me conduisent à l’intérieur, toujours avec la banane, et elles me demandent : « Vous voulez voir monsieur Victor ?» ; « Oui, c’est juste pour le remercier pour tout ce qu’il fait », je dis, émue.

A l’intérieur, je reconnais tout. Ou presque: le guichet (où on lit très clairement la phrase Un jour on fume, Une autre jour on ne fume pas, Aujourd’hui on ne fume pas) la grande salle d’attente, les affiches, et j’observe la confiserie avec du popcorn… une odeur qui me donne vraiment envie.

En quelques secondes, dans la salle d’attente, le Grand Monsieur fait son apparition. Il est vraiment Grand (il a été aussi arbitre de volley) . Et déterminé. Avec un sourire dans le coin des lèvres, les yeux pétillants, il vient vers nous et moi je lui serre chaleureusement la main pour le remercier. Dans ma tête c’était – venir le remercier et lui souhaiter bonne continuation et le laisser tranquille. Finalement, on passe plus d’une heure avec Victor Purice, Vic, Victor, Puricescu, Bicu (oui, j’ai eu le temps d’apprendre qu’il a plusieurs surnoms… d’après ses amis, petits-enfants, etc). Et tu ne peux plus bouger quand tu l’écoutes, tu es captivé par ce Grand Monsieur qui veut mettre à terre les centres commerciaux avec son cinéma Dacia.

Debout, avec une cigarette pas encore allumée dans la main, dans ses chaussures de taille 46, Vic nous parle de cette nouvelle génération qui est son allié dans cette lutte, la fillette qui est devenue son invité car elle est venue avec ses parents au cinéma, la corruption qui ne trouvera jamais sa place dans le cinéma Dacia Panoramic, sa famille partie en Italie (où il est allé travailler, mais il n’a pas pu rester plus d’un mois loin de son cinéma), son père qui a du apparaître dans le documentaire- c’est bien lui qui lui a donné de l’argent de sa pension de retraite pour acheter des matériaux de construction pour le cinéma, sa maison qui est ce cinéma… A chaque phrase que Monsieur Victor sort je me demande d’où vient autant d’énergie, de force, de volonté sans faille : «L’amour pour le cinéma, la nouvelle génération», j’attends ces mots… Et je vois la grande affiche avec Le Gladiateur, mais je ne vois plus le visage de Russell Crowe...

Je l’ai trouvé très réel dans le documentaire, mais dans la vraie vie, Monsieur Victor Purice est époustouflant, pour moi ça a été une rencontre qui m’a beaucoup marquée! Il ne connait pas mon nom, il ne sait pas qui je suis, et ce n’est pas très important, car ce sont ses actes qui comptent, sa force.

Et combien de choses il veut encore faire… On aurait pu rester parler encore une semaine et quelques jours. Ça ne m’arrive pas souvent de rencontrer quelqu’un de si passionné et passionnant, d’un optimisme, une énergie et d’une force infinie, et je sais que si je ne l’avais pas rencontré, ça aurait été pour moi une énorme perte. C’est quand tu vois des gens comme Victor Purice que tu te rends compte que l’espoir existe toujours, que Victor Purice est un vrai ambassadeur de Piatra Neamt, du cinéma, un modèle à suivre.

Le documentaire Cinéma, mon amour va être diffusé dans les salles de cinéma sur Paris à partir du 6 Mai 2017 et Monsieur Victor y sera présent. Il ne faut surtout pas le louper – c’est une bouffée d’oxygène, c’est une rencontre à ne pas manquer pour rien au monde.

Ma conclusion est cela – si un jour tu déprimes, tu vas à Piatra Neamt, au cinéma Dacia Panoramic pour voir Vic, tu le trouveras au guichet, où est sa place. Il va t’apprendre les choses importantes de la vie !

via L’Homme et le cinéma Dacia Panoramic Piatra Neamt — Une Roumaine à Paris. Pardon, à Toulouse

Comment se préparer pour fêter Pâques en Roumanie

Nous sommes dans la Semaine Sainte, la semaine avant la Résurrection du Christ, et en Roumanie, pays en majorité orthodoxe, c’est la période où l’on fait toutes les préparations pour la fête de Pâques.

C’est la semaine où on continue à tenir le Carême, qui a commencé le Mercredi des Cendres (le 1er mars 2017), et qui dure jusqu’au samedi, avant la journée de Pâques. La Semaine Sainte on la passe dans la prière et l’aumône, on ne mange rien qui vienne du règne animal et tout ça jusqu’à la 1ere journée de Pâques.

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Durant cette semaine, le jeudi a une signification spéciale: dans les villages roumains où les traditions sont encore très fortes, les paysans arrêtent de travailler dans les champs et se concentrent sur leur foyer pour nettoyer le jardin, remplir la maison avec des fleurs et pour se rendre, tous les soirs, à l’église pour assister aux messes.

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C’est dans le jeudi de cette semaine, le Jeudi Saint, que les femmes commencent à se concentrer sur le repas pour le dimanche de Pâques. Elles préparent les œufs peints en rouge, dessinés avec de la cire de bougies, décorés avec des fleurs de printemps ou colorés avec des pelures d’oignon rouge ou des fleurs de tilleul (très pratique et très écologique d’ailleurs). Des fois, pour que les œufs brillent après avoir été colorés, ils sont frottés avec du gras de porc. En Roumanie, peindre les œufs est une tradition très ancienne et c’est devenu un véritable art: nos grands-parents, les artisans, font des motifs folkloriques, des symboles chrétiens.

Ce jeudi, à la campagne, des gâteaux ronds au fromage et aux raisins secs ou au chocolat (qui s’appellent en roumain «pasca») ou/et des gâteaux aux noix («cozonac») sont bien dorés dans le four en terre cuite à côté du «drob», une sorte de terrine préparée avec les abats de l’agneau sacrifié pour Pâques.

Dans la région de Moldavie (à l’est de la Roumanie), par exemple, dans la nuit de Pâques (samedi vers dimanche), les familles (les grands-parents, les parents, les enfants, les grands enfants) se lavent avec de l’eau fraîche, s’habillent avec des vêtements tous neufs, et avec une bougie à la main vont à l’église pour récupérer «La Lumière du Christ» . Mais avant d’y aller, les plus vieux mettent dans une coupe remplie d’eau fraîche de la fontaine, un œuf rouge, un œuf blanc et une pièce d’argent – le lendemain matin, le premier jour de Pâques, les plus jeunes se lavent avec cette eau – un rituel pour rester en bonne santé, avoir les joues rouges comme l’œuf, et pour rester pur et beau toute l’année.

Une fois arrivée à la maison, toute la famille se met à table et, avant de profiter de toutes les spécialités, on cogne des œufs rouges en disant «Hristos a Inviat/Adevarat a inviat»…et , des fois, on se lance dans de vrais concours durant tous les 3 jours de Pâques. Il s’agit d’une tradition populaire très vivante en Roumanie – on s’affronte par deux, on cogne les œufs rouges, le dessous de l’un contre le dessus de l’autre, et celui qui casse celui de son challenger, c’est le gagnant, et il sera le plus fort, le plus heureux toute l’année.

Ce Jeudi Saint, dans le sud de la Roumanie, les jeunes filles font 12 nœuds à un fil (pour chaque nœud elles font un vœux) et après, elles le mettent sous l’oreiller pour rêver de leur homme destiné. Ici il y a aussi la tradition selon laquelle les plus vieux lavent les pieds des plus jeunes.

En Bucovine (la région du nord-est de la Roumanie), dans la nuit de Pâques, les jeunes filles pas encore mariées vont laver le battant de la cloche de l’église avec de « l’eau vierge ». Avec cette eau, elles se laveront le lendemain matin pour qu’elles soient jolies toute l’année. Pour Parques, les garçons doivent apporter des fleurs aux filles qu’ils aiment bien et s’ils reçoivent un œuf rouge de leur part ça veut dire que les sentiments sont réciproques.

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En Banat (à l’ouest de la Roumanie) pour Pâques se mange du jarret de porc et des œufs blancs, mais aussi (comme dans toutes les régions) de l’agneau rôti, mais avant tout une bénédiction est donnée à chaque plat.

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En Transylvanie (centre de la Roumanie), les filles célibataires sont arrosées avec du parfum par des garçons pour qu’elle restent belles toute l’année.

Faire un pèlerinage avec les bougies dans un village roumain dans la soirée du Pâques reste une expérience féerique et je vous souhaite d’y participer. Et le concours pour cogner les œufs est pas mal non plus :).

Paște Fericit la toata lumea! Joyeuses Pâques tout le monde! 

Retour sur un coup de foudre

Quelle mouche a bien pu piquer ce Nantais, plus habitué au style étudiant de l’Auberge Espagnole qu’au folklore traditionnel,  dans cette Roumanie du nouveau Millénaire ?

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ADOR : La Roumanie, pourquoi ce choix ?
David: Mon histoire avec la Roumanie commence en novembre 1999 lorsque notre prof d’économie à l’Université de Nantes propose de passer notre stage de fin de Maîtrise en Roumanie, à Cluj-Napoca. A cette époque, ma vision de ce pays était bien restreinte, à peine pouvais-je le situer sur une carte. Tout s’est joué à une rencontre, comme souvent, celle avec un étudiant qui revenait justement de son stage en Roumanie et qui avait été plus qu’enchanté par ce pays. Son récit nous a emballés, il n’en fallait pas plus pour nous décider avec un autre étudiant de ma promotion. Lors de notre arrivée en Transylvanie en mars 2000 pour 3 mois de stage, un troisième compère de Nantes était déjà sur place et nous avons vite compris que nous avions fait le bon choix après la première Ursus au MusicPub!

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ADOR : Quelles ont été vos premières impressions ?
David: J’étais en stage chez Farmec, fabricant de cosmétiques, au département export et pour aider aux traductions. Jamais je n’oublierai la gentillesse et la disponibilité de tous les employés que j’y ai côtoyés, et jamais je n’oublierai non plus que le gardien à l’entrée de Farmec me demanda mon passeport jusqu’à la fin de mon stage, tous les jours :-). Il ne s’agissait pas de mon premier séjour à l’étranger, je savais que la rencontre vers l’Autre était enrichissante, et que chaque détail pouvait nous paraître excitant;  mais la Roumanie apportait autre chose, une réflexion intérieure et profonde était en chacun de nous, au gré de nos rencontres et excursions. Beaucoup de valeurs perdues dans le monde occidental étaient encore très vivantes en Roumanie, comme les relations avec la famille, une grande soif de culture, une ouverture sur le monde et une curiosité sans s’arrêter uniquement aux clichés, une simplicité dans les relations amicales et amoureuses qui faisaient du bien. A l’approche de la fin de notre stage, nous sentions que  celui-ci allait changer le cours de notre vie et que nous allions rester d’une manière ou d’une autre en contact avec la Roumanie dans un avenir plus ou moins proche.

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ADOR : Quels sont les souvenirs les plus marquants de votre séjour en Roumanie en 2000 ?
David: Les voyages! Et quel meilleur moyen de découvrir ce magnifique pays que par train ou autocar?! Il faut prendre son mal en patience parfois, le temps nous l’avions, et des rencontres merveilleuses furent au rendez-vous à chaque excursion. Bucovine, Maramures, Mer Noire, Apuseni, la découverte du petit village Valea Draganului jumelé avec la petite ville où je suis né…
Je n’oublierai pas cet étudiant qui nous coupait les cheveux dans son salon de coiffure improvisé dans la cuisine de la camin (cité Universitaire). Ni ces religieuses qui nous ont accueillis, dans un petit monastère vers Alba Iulia, pour partager leur repas de Post (carême). Ni ce brave Julius qui nous a fait découvrir la magnifique région de Bucovine, ni ce bon Victor de Valea Draganului qui faisait tant de réclame sur son vin (oui, son médecin lui avait interdit toute consommation de tuica, du coup il avait trouvé la parade…).
Et que dire de cette expédition vers Albac, à proximité des monts Apuseni, magnifiques paysages qui se méritent: transport depuis Cluj dans un autocar poussif, à l’embrayage plus que grinçant et parfois franchissant certains cols en freestyle sur 3 roues, le spectacle à l’arrivée est enchanteur et nous nous mettons en route vers notre objectif, la découverte de la grotte Scărișoara; nous n’y arriverons finalement pas, en revanche notre parcours fut ponctué d’une course poursuite par des chiens de bergers (qui apparemment avaient en appétit nos petits mollets dodus) , une descente de la vallée dans une vieille bétaillère, pour finir le périple au petit marché de Gârda de Sus, à nous rassasier de mici et à nous abreuver de bières locales…

ADOR : Et quelle fut la suite pour vous après ce stage ?
David: A force de persévérance et de volonté, je suis revenu en Roumanie quelques années plus tard, pour travailler à Bucarest cette fois. Nouvelle expérience synonyme de nouvelles aventures! Noroc!

David, Consultant international

@ Oana