Comment se préparer pour fêter Pâques en Roumanie

Nous sommes dans la Semaine Sainte, la semaine avant la Résurrection du Christ, et en Roumanie, pays en majorité orthodoxe, c’est la période où l’on fait toutes les préparations pour la fête de Pâques.

C’est la semaine où on continue à tenir le Carême, qui a commencé le Mercredi des Cendres (le 1er mars 2017), et qui dure jusqu’au samedi, avant la journée de Pâques. La Semaine Sainte on la passe dans la prière et l’aumône, on ne mange rien qui vienne du règne animal et tout ça jusqu’à la 1ere journée de Pâques.

Cloches Eglise

Durant cette semaine, le jeudi a une signification spéciale: dans les villages roumains où les traditions sont encore très fortes, les paysans arrêtent de travailler dans les champs et se concentrent sur leur foyer pour nettoyer le jardin, remplir la maison avec des fleurs et pour se rendre, tous les soirs, à l’église pour assister aux messes.

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C’est dans le jeudi de cette semaine, le Jeudi Saint, que les femmes commencent à se concentrer sur le repas pour le dimanche de Pâques. Elles préparent les œufs peints en rouge, dessinés avec de la cire de bougies, décorés avec des fleurs de printemps ou colorés avec des pelures d’oignon rouge ou des fleurs de tilleul (très pratique et très écologique d’ailleurs). Des fois, pour que les œufs brillent après avoir été colorés, ils sont frottés avec du gras de porc. En Roumanie, peindre les œufs est une tradition très ancienne et c’est devenu un véritable art: nos grands-parents, les artisans, font des motifs folkloriques, des symboles chrétiens.

Ce jeudi, à la campagne, des gâteaux ronds au fromage et aux raisins secs ou au chocolat (qui s’appellent en roumain «pasca») ou/et des gâteaux aux noix («cozonac») sont bien dorés dans le four en terre cuite à côté du «drob», une sorte de terrine préparée avec les abats de l’agneau sacrifié pour Pâques.

Dans la région de Moldavie (à l’est de la Roumanie), par exemple, dans la nuit de Pâques (samedi vers dimanche), les familles (les grands-parents, les parents, les enfants, les grands enfants) se lavent avec de l’eau fraîche, s’habillent avec des vêtements tous neufs, et avec une bougie à la main vont à l’église pour récupérer «La Lumière du Christ» . Mais avant d’y aller, les plus vieux mettent dans une coupe remplie d’eau fraîche de la fontaine, un œuf rouge, un œuf blanc et une pièce d’argent – le lendemain matin, le premier jour de Pâques, les plus jeunes se lavent avec cette eau – un rituel pour rester en bonne santé, avoir les joues rouges comme l’œuf, et pour rester pur et beau toute l’année.

Une fois arrivée à la maison, toute la famille se met à table et, avant de profiter de toutes les spécialités, on cogne des œufs rouges en disant «Hristos a Inviat/Adevarat a inviat»…et , des fois, on se lance dans de vrais concours durant tous les 3 jours de Pâques. Il s’agit d’une tradition populaire très vivante en Roumanie – on s’affronte par deux, on cogne les œufs rouges, le dessous de l’un contre le dessus de l’autre, et celui qui casse celui de son challenger, c’est le gagnant, et il sera le plus fort, le plus heureux toute l’année.

Ce Jeudi Saint, dans le sud de la Roumanie, les jeunes filles font 12 nœuds à un fil (pour chaque nœud elles font un vœux) et après, elles le mettent sous l’oreiller pour rêver de leur homme destiné. Ici il y a aussi la tradition selon laquelle les plus vieux lavent les pieds des plus jeunes.

En Bucovine (la région du nord-est de la Roumanie), dans la nuit de Pâques, les jeunes filles pas encore mariées vont laver le battant de la cloche de l’église avec de « l’eau vierge ». Avec cette eau, elles se laveront le lendemain matin pour qu’elles soient jolies toute l’année. Pour Parques, les garçons doivent apporter des fleurs aux filles qu’ils aiment bien et s’ils reçoivent un œuf rouge de leur part ça veut dire que les sentiments sont réciproques.

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En Banat (à l’ouest de la Roumanie) pour Pâques se mange du jarret de porc et des œufs blancs, mais aussi (comme dans toutes les régions) de l’agneau rôti, mais avant tout une bénédiction est donnée à chaque plat.

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En Transylvanie (centre de la Roumanie), les filles célibataires sont arrosées avec du parfum par des garçons pour qu’elle restent belles toute l’année.

Faire un pèlerinage avec les bougies dans un village roumain dans la soirée du Pâques reste une expérience féerique et je vous souhaite d’y participer. Et le concours pour cogner les œufs est pas mal non plus :).

Paște Fericit la toata lumea! Joyeuses Pâques tout le monde! 

Retour sur un coup de foudre

Quelle mouche a bien pu piquer ce Nantais, plus habitué au style étudiant de l’Auberge Espagnole qu’au folklore traditionnel,  dans cette Roumanie du nouveau Millénaire ?

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ADOR : La Roumanie, pourquoi ce choix ?
David: Mon histoire avec la Roumanie commence en novembre 1999 lorsque notre prof d’économie à l’Université de Nantes propose de passer notre stage de fin de Maîtrise en Roumanie, à Cluj-Napoca. A cette époque, ma vision de ce pays était bien restreinte, à peine pouvais-je le situer sur une carte. Tout s’est joué à une rencontre, comme souvent, celle avec un étudiant qui revenait justement de son stage en Roumanie et qui avait été plus qu’enchanté par ce pays. Son récit nous a emballés, il n’en fallait pas plus pour nous décider avec un autre étudiant de ma promotion. Lors de notre arrivée en Transylvanie en mars 2000 pour 3 mois de stage, un troisième compère de Nantes était déjà sur place et nous avons vite compris que nous avions fait le bon choix après la première Ursus au MusicPub!

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ADOR : Quelles ont été vos premières impressions ?
David: J’étais en stage chez Farmec, fabricant de cosmétiques, au département export et pour aider aux traductions. Jamais je n’oublierai la gentillesse et la disponibilité de tous les employés que j’y ai côtoyés, et jamais je n’oublierai non plus que le gardien à l’entrée de Farmec me demanda mon passeport jusqu’à la fin de mon stage, tous les jours :-). Il ne s’agissait pas de mon premier séjour à l’étranger, je savais que la rencontre vers l’Autre était enrichissante, et que chaque détail pouvait nous paraître excitant;  mais la Roumanie apportait autre chose, une réflexion intérieure et profonde était en chacun de nous, au gré de nos rencontres et excursions. Beaucoup de valeurs perdues dans le monde occidental étaient encore très vivantes en Roumanie, comme les relations avec la famille, une grande soif de culture, une ouverture sur le monde et une curiosité sans s’arrêter uniquement aux clichés, une simplicité dans les relations amicales et amoureuses qui faisaient du bien. A l’approche de la fin de notre stage, nous sentions que  celui-ci allait changer le cours de notre vie et que nous allions rester d’une manière ou d’une autre en contact avec la Roumanie dans un avenir plus ou moins proche.

Valea Draganului

ADOR : Quels sont les souvenirs les plus marquants de votre séjour en Roumanie en 2000 ?
David: Les voyages! Et quel meilleur moyen de découvrir ce magnifique pays que par train ou autocar?! Il faut prendre son mal en patience parfois, le temps nous l’avions, et des rencontres merveilleuses furent au rendez-vous à chaque excursion. Bucovine, Maramures, Mer Noire, Apuseni, la découverte du petit village Valea Draganului jumelé avec la petite ville où je suis né…
Je n’oublierai pas cet étudiant qui nous coupait les cheveux dans son salon de coiffure improvisé dans la cuisine de la camin (cité Universitaire). Ni ces religieuses qui nous ont accueillis, dans un petit monastère vers Alba Iulia, pour partager leur repas de Post (carême). Ni ce brave Julius qui nous a fait découvrir la magnifique région de Bucovine, ni ce bon Victor de Valea Draganului qui faisait tant de réclame sur son vin (oui, son médecin lui avait interdit toute consommation de tuica, du coup il avait trouvé la parade…).
Et que dire de cette expédition vers Albac, à proximité des monts Apuseni, magnifiques paysages qui se méritent: transport depuis Cluj dans un autocar poussif, à l’embrayage plus que grinçant et parfois franchissant certains cols en freestyle sur 3 roues, le spectacle à l’arrivée est enchanteur et nous nous mettons en route vers notre objectif, la découverte de la grotte Scărișoara; nous n’y arriverons finalement pas, en revanche notre parcours fut ponctué d’une course poursuite par des chiens de bergers (qui apparemment avaient en appétit nos petits mollets dodus) , une descente de la vallée dans une vieille bétaillère, pour finir le périple au petit marché de Gârda de Sus, à nous rassasier de mici et à nous abreuver de bières locales…

ADOR : Et quelle fut la suite pour vous après ce stage ?
David: A force de persévérance et de volonté, je suis revenu en Roumanie quelques années plus tard, pour travailler à Bucarest cette fois. Nouvelle expérience synonyme de nouvelles aventures! Noroc!

David, Consultant international

@ Oana